Lésion du tendon fléchisseur : comment la reconnaître et que faire ?

Charles Bijon • 17 juillet 2026

La main est l'une des zones du corps les plus exposées aux traumatismes du quotidien. Parmi les lésions les plus graves figurent les atteintes des tendons fléchisseurs, structures indispensables à la mobilité des doigts. Ces lésions passent souvent inaperçues dans les premières heures, ce qui peut compromettre définitivement le résultat fonctionnel si la prise en charge n’est pas faite à temps.



Anatomie : comprendre le système fléchisseur

Pour comprendre l'impact d'une lésion tendineuse, il faut d'abord comprendre comment fonctionne le système fléchisseur de la main.

Les muscles fléchisseurs, situés dans l'avant-bras, se prolongent par des tendons qui traversent le poignet au niveau du canal carpien, puis cheminent dans la paume et dans chaque doigt. Ces tendons glissent à l'intérieur de gaines fibreuses, maintenues contre les os par des structures annulaires appelées poulies. C'est ce système de glissement qui permet une flexion fluide et précise des doigts.



Chaque doigt long possède deux tendons fléchisseurs :

  • le fléchisseur superficiel des doigts, qui contrôle la flexion de la phalange moyenne
  • le fléchisseur profond des doigts, qui contrôle la flexion de la phalange distale (le bout du doigt)


Le pouce ne dispose que d'un seul tendon fléchisseur, le long fléchisseur du pouce, qui permet de plier l'interphalangienne du pouce.


La localisation de la lésion influence directement la complexité de la réparation chirurgicale et le pronostic fonctionnel. Les lésions situées dans le doigt lui-même, où les deux tendons cohabitent dans une gaine étroite, sont les plus délicates à traiter.


Deux mécanismes de lésion bien distincts

La section tendineuse par coupure

Le mécanisme le plus fréquent est la coupure : verre brisé, lame de couteau, outil tranchant. La plaie, même petite, peut atteindre un ou plusieurs tendons fléchisseurs, ainsi que les nerfs et vaisseaux digitaux qui les accompagnent.


Ce type de lésion comporte un piège diagnostique important : une section partielle du tendon peut laisser la flexion du doigt apparemment intacte. Le tendon conserve une résistance suffisante pour fonctionner dans un premier temps, mais ses fibres s'effilochent progressivement. Une rupture complète peut survenir secondairement, parfois plusieurs jours après le traumatisme initial, lors d'un effort banal. À ce stade, les conditions de réparation sont moins favorables.


C'est pourquoi toute plaie de la main ou des doigts, quelle que soit sa taille apparente, doit être explorée chirurgicalement pour éliminer une atteinte tendineuse.


La rupture tendineuse par traction

Le second mécanisme est purement traumatique, sans plaie cutanée. Il survient lors d'une traction brutale sur un doigt en flexion forcée. Le cas typique est le jersey finger, terme désignant l'arrachement du tendon fléchisseur profond de sa fixation sur la phalange distale. Ce mécanisme est classique dans les sports de contact : rugby, judo, lutte. L'annulaire est le doigt le plus souvent concerné.


L'absence de plaie visible conduit fréquemment le patient à sous-estimer la gravité de la lésion et à consulter tardivement, ce qui aggrave le pronostic.


Les signes qui doivent alerter

Qu'il s'agisse d'une section ou d'une rupture par traction, certains signes doivent conduire à consulter en urgence :

  • l'impossibilité de fléchir le bout du doigt ou la phalange moyenne, même en l'absence de douleur importante
  • un doigt qui reste en extension au repos alors que les autres adoptent une position naturellement fléchie
  • une plaie de la main ou des doigts, même superficielle, avec une sensation de gêne ou de faiblesse à la flexion
  • une douleur vive à la face palmaire d'un doigt après un effort de traction, sans plaie visible


Une flexion apparemment normale juste après la blessure ne signifie pas que le tendon est intact. En cas de section partielle, le déficit peut apparaître plus tard.


Une urgence chirurgicale à ne pas sous-estimer

La lésion d'un tendon fléchisseur ne guérit pas spontanément. Dès que le tendon est sectionné ou arraché, ses extrémités se rétractent sous l'effet de la tension musculaire, parfois sur plusieurs centimètres. Sans intervention, aucune récupération fonctionnelle n'est possible.


La réparation chirurgicale doit être réalisée dans les dix premiers jours suivant le traumatisme. Passé ce délai, la rétraction tendineuse et les remaniements tissulaires rendent la suture directe impossible. Il faut alors recourir à une reconstruction par greffe tendineuse, intervention techniquement plus complexe dont le pronostic fonctionnel est moins favorable qu'une suture primaire réalisée précocement.


En attendant la prise en charge chirurgicale :


La réparation chirurgicale

L'intervention consiste à retrouver les deux extrémités du tendon, à les ramener en face l'une de l'autre et à les suturer. Elle est réalisée sous anesthésie locorégionale, en ambulatoire.


En cas de jersey finger, la technique est adaptée pour réinsérer le tendon sur la phalange distale à l'aide d'une fixation osseuse.

La réparation est particulièrement délicate lorsque la lésion siège dans le doigt lui-même, où les deux tendons fléchisseurs cheminent côte à côte dans une gaine étroite. C'est dans cette zone que le risque d'adhérences post-opératoires est le plus important, ce qui rend la rééducation postopératoire indispensable.


La rééducation : un équilibre délicat

La rééducation après suture tendineuse est aussi déterminante que le geste chirurgical. Elle doit répondre à deux contraintes opposées : protéger la suture pour éviter une rupture secondaire et mobiliser le tendon précocement pour prévenir la formation d'adhérences qui bloqueraient la flexion du doigt.


Cette prise en charge comprend :

  • une orthèse de protection portée pendant plusieurs semaines
  • une mobilisation active précoce et protégée, réalisée sous la supervision d'un kinésithérapeute spécialisé en rééducation de la main
  • un suivi chirurgical régulier sur une durée minimale de 3 mois


Si des adhérences persistantes limitent la mobilité malgré une rééducation bien conduite, une intervention secondaire appelée ténolyse peut être proposée à partir du troisième mois postopératoire. Elle consiste à libérer le tendon des adhérences qui entravent son glissement.


Ce que la précocité change au pronostic

Le facteur le plus déterminant dans le pronostic d'une lésion tendineuse est le délai entre le traumatisme et la prise en charge chirurgicale. Une suture primaire réalisée dans les premiers jours, suivie d'une rééducation rigoureuse, offre les meilleures chances de récupération fonctionnelle. Plus le délai s'allonge, plus la reconstruction devient complexe et le résultat moins prévisible.


Face à toute plaie de la main ou à tout déficit de flexion d'un doigt après un traumatisme, même en l'absence de douleur importante, la règle est de consulter sans attendre.


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