Entorse du poignet : simple ou grave ?
Une chute sur la main, un faux mouvement, un choc lors d'un sport de contact : l'entorse du poignet est l'un des traumatismes les plus fréquents du membre supérieur. Elle est souvent minimisée, parfois à tort. La douleur ressentie ne reflète pas la gravité de la lésion. Certaines entorses peu douloureuses peuvent avoir des conséquences fonctionnelles sérieuses si elles ne sont pas diagnostiquées et traitées à temps.

Qu'est-ce qu'une entorse du poignet ?
Une entorse est une élongation ou une déchirure d'un ou plusieurs ligaments du poignet. S'il s'agit d'une simple élongation, on parle d'entorse bénigne. Si le ligament est déchiré, il s'agit d'une entorse grave.
Le poignet est constitué de huit petits os formant deux rangées. Ces os sont maintenus entre eux par deux types de ligaments :
- les ligaments intrinsèques, qui relient les os du carpe entre eux
- les ligaments extrinsèques, qui relient l'ensemble des os du carpe au radius et aux métacarpiens
Lors d'un traumatisme, ces ligaments sont soumis à une contrainte qui dépasse leur limite naturelle, ce qui provoque la lésion.
Pourquoi une entorse du poignet peut-elle être grave ?
Il n'existe aucune relation directe entre la gravité d'une lésion ligamentaire et la douleur ressentie. Une entorse grave peut être peu douloureuse. C'est ce qui rend ce diagnostic difficile et parfois négligé.
Lorsqu'un ligament essentiel est rompu, les os du carpe perdent leur organisation normale. Cette instabilité non traitée entraîne progressivement un effondrement des os du carpe, puis une arthrose post-traumatique du poignet. C'est ce que l'on appelle un SLAC wrist (Scapho-Lunate Advanced Collapse), dont la prise en charge est bien plus lourde que celle d'une entorse prise en charge précocement.
Trois ligaments sont particulièrement importants à connaître.
Le ligament scapho-lunaire
C'est le ligament intrinsèque le plus souvent atteint dans les entorses graves. Il relie le scaphoïde et le lunatum, deux os clés de la première rangée du carpe. En cas de lésion partielle, les radiographies sont le plus souvent normales, et pourtant la lésion est grave et nécessite une prise en charge adaptée. Toutefois, il est important de prendre en compte les stabilisateurs secondaires scapholunaire à savoir le ligament intercarpien dorsal, le ligament radiolunaire long, et les ligaments de l’articulation STT.
Le complexe fibro-cartilagineux ou ligament triangulaire du carpe (TFCC)
Le TFCC est une structure clé de la stabilisation du carpe et de l'articulation radio-ulnaire distale.
Le ligament luno-triquétral
Il relie le lunatum et le triquetrum, deux autres os de la première rangée du carpe. Sa lésion, beaucoup plus rare et méconnue, peut également entraîner une instabilité progressive du poignet.
Les signes qui doivent alerter
Après un traumatisme du poignet, certains signes doivent conduire à consulter rapidement :
- une douleur persistante au-delà de quelques jours malgré le repos
- un gonflement ou un hématome, principalement sur la face dorsale du poignet
- une douleur localisée et reproductible à la palpation d'une zone précise
- une sensation d'instabilité ou de dérobement du poignet
- une perte de force ou une limitation de la mobilité
Une entorse grave peut ne présenter aucun signe clinique visible. L'absence de gonflement ou de douleur intense ne suffit pas à écarter une lésion ligamentaire sérieuse.
Comment établir le diagnostic ?
Le diagnostic repose d'abord sur l'examen clinique. Le chirurgien recherche des points douloureux précis, teste la stabilité des articulations et évalue la mobilité du poignet.
Des examens complémentaires sont nécessaires pour confirmer et préciser la lésion :
- les radiographies standard sont indispensables, bien qu'elles soient le plus souvent normales en cas d'entorse isolée
- l'arthroscanner est l'examen de référence pour visualiser les ligaments du poignet et confirmer une lésion
- l'IRM peut être utile dans certains cas, en complément de l'arthroscanner
- si l'ensemble des examens revient négatif et que la suspicion clinique reste forte, une arthroscopie diagnostique peut être proposée
Le traitement : il dépend de la gravité et du délai
La prise en charge d'une entorse du poignet dépend du ligament atteint, de l'étendue de la lésion et surtout de son caractère aigu (moins de 6 semaines) ou chronique (plus de 3 mois).
Les entorses bénignes
Lorsqu'il s'agit d'une simple élongation ligamentaire sans instabilité, le traitement est orthopédique : immobilisation par attelle pendant deux à trois semaines, suivie d'une rééducation. La guérison est complète dans la grande majorité des cas.
Les entorses graves
Lorsque le ligament est déchiré et que l'instabilité articulaire est confirmée, le traitement est le plus souvent chirurgical, notamment chez les patients jeunes et actifs.
Le gold standard pour la prise en charge de ces lésions ligamentaires aiguës est l'arthroscopie du poignet. Réalisée en chirurgie ambulatoire sous anesthésie locorégionale, elle permet à la fois d'établir un bilan ligamentaire précis et de traiter les lésions identifiées. Lorsqu'elle est réalisée dans les 45 jours suivant l'accident, elle donne d'excellents résultats, avec une cicatrisation satisfaisante des zones ligamentaires déchirées.
Les lésions chroniques
La prise en charge des lésions chroniques est plus complexe. Traitées tardivement, elles peuvent être responsables d'un effondrement des os du carpe, puis d'une arthrose post-traumatique du poignet. Dans ces situations, des solutions chirurgicales plus importantes sont envisagées, comme la ligamentoplastie ou la fusion partielle des os du carpe, selon le stade de l'atteinte.
Ne pas laisser traîner une douleur au poignet après un traumatisme
L'entorse du poignet ne doit pas être banalisée. Plus la prise en charge est précoce, plus les options thérapeutiques sont efficaces.
À l'inverse, une lésion ligamentaire grave non traitée évolue silencieusement vers une instabilité chronique, puis vers une arthrose souvent irréversible.
Si vous avez subi un traumatisme du poignet et que des douleurs persistent, même modérées, une consultation spécialisée s'impose pour obtenir un diagnostic précis.
Le
Dr Charles Bijon vous reçoit en consultation à Paris pour évaluer votre poignet et vous proposer la prise en charge adaptée à votre situation.













