Tabagisme et tendinopathies de la main et du coude : un facteur de risque souvent sous-estimé
Les tendinopathies du membre supérieur constituent un motif fréquent de consultation, en particulier au niveau de la main, du poignet et du coude. Elles sont classiquement associées à des gestes répétitifs ou à une surcharge mécanique, notamment dans un contexte professionnel ou sportif. Certains facteurs de risque non mécaniques jouent un rôle déterminant dans leur apparition, leur chronicité et leur résistance aux traitements. Parmi eux, le tabagisme occupe une place centrale, trop souvent négligée dans la prise en charge globale de ces pathologies.

Comprendre la tendinopathie : une atteinte dégénérative du tendon
La tendinopathie correspond à une altération progressive du tendon, liée à une dégénérescence du collagène, avec ou sans phénomène inflammatoire secondaire. Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas toujours d’une inflammation aiguë, mais plus souvent d’un processus chronique de dégradation de la structure tendineuse.
Au niveau du membre supérieur, les tendinopathies concernent principalement :
- le coude, avec l’épicondylite latérale (tennis elbow) et l’épicondylite médiale (golfer’s elbow),
- la
main et le poignet, souvent sous forme de ténosynovites, parfois associées à des syndromes canalaires comme le
doigt à ressaut ou la ténosynovite de
De Quervain.
Si la surcharge mécanique est un élément déclenchant fréquent, elle n’explique pas à elle seule la persistance ou la sévérité des symptômes chez certains patients.
Le tabagisme : un facteur de risque majeur des tendinopathies
Une altération de la vascularisation tendineuse
Les tendons sont des structures naturellement peu vascularisées. Le tabac, par ses effets vasoconstricteurs, réduit encore davantage l’apport sanguin local. La nicotine et le monoxyde de carbone diminuent l’oxygénation des tissus, entraînant une souffrance chronique du tendon.
Cette diminution de la perfusion compromet les mécanismes de réparation naturelle et favorise l’accumulation de micro-lésions, qui évoluent progressivement vers une tendinopathie chronique.
Une modification de la qualité du collagène
Le tabagisme agit directement sur le métabolisme du collagène, principal constituant des tendons. Chez les patients fumeurs, on observe :
- une synthèse de collagène de moindre qualité,
- une organisation désordonnée des fibres,
- une diminution de la résistance mécanique du tendon.
Ces altérations rendent le tendon plus vulnérable aux contraintes, même modérées, et expliquent pourquoi certaines tendinopathies surviennent ou persistent en dehors de toute surcharge professionnelle évidente.
Un frein à la cicatrisation
Le tabac est également responsable d’un retard de cicatrisation, bien connu en chirurgie mais tout aussi pertinent dans les traitements conservateurs. Chez les patients fumeurs, les tendinopathies :
- évoluent plus lentement,
- répondent moins bien à la rééducation,
- récidivent plus fréquemment après une amélioration initiale.
Ce constat est particulièrement net au niveau du coude, où les épicondylites sont souvent plus longues et plus résistantes chez les fumeurs.
Tendinopathies de la main et du coude : quelles atteintes sont concernées ?
Au niveau du coude
Le lien entre tabagisme et épicondylite latérale est bien documenté. Les patients fumeurs présentent plus souvent des formes chroniques, parfois invalidantes, avec un retentissement professionnel important. L’épicondylite médiale, plus fréquente chez certaines femmes en péri-ménopause, est également favorisée par le tabagisme, en particulier lorsque celui-ci s’associe à d’autres facteurs de risque.
Au niveau de la main et du poignet
Le tabac favorise l’apparition de :
- ténosynovites des fléchisseurs,
- doigt à ressaut,
- ténosynovite de De Quervain,
- atteintes tendineuses associées à des syndromes canalaires.
Dans ces situations, le tabagisme agit comme un facteur aggravant, augmentant la durée des symptômes et réduisant l’efficacité des traitements médicaux.
Pourquoi agir sur le tabagisme change la prise en charge
La prise en charge des tendinopathies repose sur un principe fondamental : agir sur les facteurs de risque. Traiter uniquement la douleur, sans corriger les éléments favorisant la pathologie, expose à des récidives et à une chronicisation.
Chez un patient fumeur, l’arrêt ou la réduction du tabac peut permettre :
- une meilleure réponse à la rééducation,
- une diminution de la fréquence des infiltrations,
- une amélioration plus durable des symptômes,
- parfois l’évitement d’un geste chirurgical.
À l’inverse, poursuivre une prise en charge sans tenir compte du tabagisme revient souvent à traiter les conséquences sans agir sur la cause.
Impact du tabagisme sur les traitements chirurgicaux
Lorsque la chirurgie devient nécessaire, le tabagisme constitue un facteur de risque de complications :
- retard de cicatrisation,
- raideur post-opératoire,
- récupération fonctionnelle incomplète.
C’est pourquoi une évaluation du statut tabagique fait partie intégrante de la prise en charge préopératoire. Une information claire du patient permet d’optimiser les résultats et de limiter les complications.
Diagnostic : un examen clinique souvent suffisant
Le diagnostic de tendinopathie du membre supérieur repose principalement sur l’examen clinique, qui permet de localiser précisément la lésion. Les examens complémentaires (échographie ou IRM) sont réservés aux situations particulières : doute diagnostique, suspicion de rupture débutante, synovite inhabituelle ou récidive.
La prise en compte du tabagisme fait partie de l’analyse globale du patient, au même titre que l’activité professionnelle ou sportive.
Conclusion
Le tabagisme est un facteur de risque majeur et indépendant des tendinopathies de la main et du coude. Par son impact sur la vascularisation, la qualité du collagène et la cicatrisation, il favorise l’apparition de ces pathologies, leur chronicité et leur résistance aux traitements.
Intégrer le statut tabagique dans la prise en charge permet d’améliorer l’efficacité des traitements médicaux, de réduire le recours aux infiltrations ou à la chirurgie, et d’optimiser les résultats fonctionnels à long terme. Agir sur ce facteur de risque constitue une étape essentielle d’une prise en charge globale et raisonnée des tendinopathies du membre supérieur.













