Maladie de Kienböck chez les jeunes adultes : une atteinte de l’os du poignet à ne pas négliger

Charles Bijon • 9 octobre 2025

La maladie de Kienböck est une affection rare mais sérieuse du poignet, touchant l’un des huit os du carpe, le lunatum (ou semi-lunaire). Cette pathologie est plus fréquemment diagnostiquée chez l’adulte jeune et actif. Son évolution progressive peut entraîner des conséquences fonctionnelles importantes si elle n’est pas identifiée et prise en charge précocement. Comprendre ses mécanismes, ses symptômes et ses options thérapeutiques est essentiel pour prévenir l’aggravation des lésions.


Qu’est-ce que la maladie de Kienböck ?

La maladie de Kienböck correspond à une ostéonécrose aseptique du lunatum, c’est-à-dire une souffrance osseuse liée à une interruption partielle ou totale de l’apport sanguin à cet os. Le lunatum est situé au centre de la première rangée des os du carpe et joue un rôle clé dans la mobilité et la transmission des forces au poignet. Privé d’une vascularisation normale, cet os peut progressivement se fragiliser, s’aplatir, puis se fragmenter.

Cette atteinte est particulièrement préoccupante chez les jeunes adultes, population souvent active, car elle peut limiter significativement les capacités fonctionnelles du poignet et gêner la vie quotidienne comme l’activité professionnelle.


Les causes et facteurs de risque

La physiopathologie de la maladie reste incertaine, mais plusieurs mécanismes sont impliqués :

  • Facteurs mécaniques et traumatiques : microtraumatismes répétés au poignet, chutes ou chocs répétés, anomalies structurelles du carpe entraînant une augmentation des pressions sur le lunatu
  • Facteurs biologiques et vasculaires : anomalies congénitales ou acquises de la vascularisation du lunatum réduisant son apport sanguin et favorisant l’ostéonécrose
  • Facteurs individuels : certaines professions manuelles, la pratique de sports sollicitant fortement les poignets, ou des variations anatomiques du radius et de l’ulna peuvent augmenter le risque.

Ces éléments combinés expliquent pourquoi la maladie se déclare souvent chez des sujets jeunes et actifs.


Symptômes : comment reconnaître la maladie de Kienböck ?

L’un des défis du diagnostic est que les symptômes initiaux sont peu spécifiques. Les patients présentent le plus souvent :

  • Douleurs persistantes au poignet, diffuses ou localisées au niveau du lunatum.
  • Raideur articulaire, limitant certains mouvements, notamment l’extension ou la flexion complète
  • Perte de force de préhension, gênant les gestes du quotidien tels que porter un sac ou tourner une clé
  • Parfois, un gonflement ou une sensibilité accrue à la palpation.

Ces manifestations peuvent ressembler à celles d’une entorse ou d’une tendinite, ce qui explique les retards fréquents de diagnostic.


Diagnostic : imagerie médicale indispensable

Le diagnostic de la maladie de Kienböck repose sur l’imagerie. Les radiographies standards peuvent être normales aux stades précoces, rendant le dépistage difficile. En cas de suspicion, l’IRM est l’examen de choix : elle permet de visualiser l’ischémie, d’évaluer le stade évolutif de la maladie et de détecter précocement les zones d’atteinte osseuse. L’arthroscanner peut être utilisé dans certains cas pour mieux apprécier l’état du carpe et des articulations adjacentes.

Le diagnostic précoce est crucial, car il conditionne les options thérapeutiques et permet de limiter l’évolution vers l’arthrose du poignet.



Les conséquences fonctionnelles

Chez un jeune adulte, cette affection peut avoir des répercussions importantes sur la vie quotidienne. La douleur chronique, la raideur et la perte de force limitent :

  • Les activités professionnelles, en particulier dans les métiers manuels
  • Les loisirs et sports qui sollicitent les poignets (musculation, escalade, cyclisme)
  • Les gestes simples du quotidien : porter des charges, écrire, cuisiner ou conduire.

Sans prise en charge adaptée, la maladie peut évoluer vers une déformation du lunatum et une arthrose secondaire du poignet, entraînant une perte fonctionnelle durable.


Prise en charge thérapeutique

Traitement conservateur

Au stade débutant, la prise en charge peut être médicale. Elle consiste généralement à :

  • Mettre en place une orthèse de repos pour limiter les contraintes sur le poignet.
  • Adapter les activités professionnelles et sportives.
  • Surveiller régulièrement l’évolution par imagerie.

Cette approche vise à soulager les symptômes et à ralentir l’évolution, mais elle ne suffit souvent pas à stabiliser la maladie.


Traitement chirurgical

Dans la majorité des cas, surtout si la maladie est diagnostiquée tardivement, le traitement devient chirurgical. Le choix de la technique dépend du stade évolutif et de l’état du lunatum :

  • Ostéotomie d’accourcissement du radius : diminue la pression exercée sur le lunatum en raccourcissant le radius, indiquée s’il existe une inégalité entre radius et ulna
  • Ostéotomie du capitatum : alternative pour redistribuer les pressions sur le carpe en cas de longueur équivalente des os de l’avant-bras
  • Arthrodèse partielle : stabilise le carpe et réduit la pression sur le lunatum en fusionnant certaines articulations
  • Revascularisation du lunatum : technique microchirurgicale implantant un pédicule vasculaire dans l’os malade pour relancer sa reconstruction
  • Traitements palliatifs : en cas d’évolution avancée, dénervation du poignet pour diminuer la douleur, résection de la première rangée osseuse du carpe pour préserver la mobilité, ou arthrodèse totale du poignet en dernier recours.

Chaque intervention a ses indications précises et doit être discutée avec le chirurgien.


Complications possibles

Comme pour toute chirurgie, certaines complications peuvent survenir :

  • Infection post-opératoire, rare mais nécessitant une prise en charge rapide
  • Raideur articulaire ou algodystrophie (main douloureuse, gonflée et raide sur plusieurs mois)
  • Aggravation progressive de la maladie si le traitement est retardé
  • Contraintes post-opératoires, notamment immobilisation et rééducation prolongée.

Le suivi post-opératoire et la rééducation sont essentiels pour optimiser le résultat fonctionnel et limiter les séquelles.


Conclusion

La maladie de Kienböck est une atteinte du lunatum, un os central du poignet, pouvant évoluer vers des complications sévères si elle n’est pas diagnostiquée et traitée à temps. Chez les jeunes adultes, cette pathologie a des répercussions majeures sur la vie quotidienne et professionnelle. Un diagnostic précoce, associé à une prise en charge adaptée, est essentiel pour préserver la mobilité et la fonction du poignet.

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Les brûlures de la main sont des lésions fréquentes, parfois graves, qui nécessitent une prise en charge rigoureuse pour éviter des séquelles fonctionnelles importantes. En raison de la complexité anatomique de la main et de son rôle central dans les gestes du quotidien, toute brûlure, même modérée, doit être évaluée avec attention. Comprendre les types de brûlures Brûlure thermique, chimique ou électrique Les brûlures thermiques sont les plus fréquentes. Elles sont causées par un contact avec un liquide chaud, une flamme, un objet brûlant ou de la vapeur. Les brûlures chimiques surviennent au contact d’agents caustiques comme l’acide ou la soude. Les brûlures électriques , bien que plus rares, peuvent provoquer des lésions profondes et insidieuses. Classification selon la profondeur Brûlure du premier degré : rougeur douloureuse, atteinte superficielle de l’épiderme (ex : coup de soleil). Aucun risque de séquelle. Brûlure du deuxième degré superficiel : apparition de phlyctènes (cloques), douleur importante, cicatrisation possible sans greffe. Brûlure du deuxième degré profond : destruction partielle du derme, aspect blanchâtre ou tacheté, douleur modérée. Souvent besoin de traitement chirurgical. Brûlure du troisième degré : atteinte complète des couches cutanées, aspect blanc ou carbonisé, indolore du fait de la destruction des terminaisons nerveuses. Gestes d’urgence à adopter immédiatement Refroidir la zone brûlée Le premier réflexe à avoir est de refroidir la brûlure sous un filet d’eau tempérée (15 à 25°C) pendant 15 à 20 minutes. Cela permet de limiter la progression de la brûlure et de soulager la douleur. Retirer les objets compressifs Il est essentiel de retirer bagues, bracelets ou montres sur la main brûlée avant que l’œdème n’apparaisse, car un gonflement rapide peut entraîner une compression délétère. Ne pas percer les cloques Les phlyctènes doivent être laissées intactes si elles ne sont pas rompues, car elles servent de barrière naturelle contre les infections. Ne pas appliquer de corps gras Les pommades, beurres ou autres remèdes "maison" sont à proscrire. Ils augmentent le risque infectieux et peuvent compliquer le diagnostic clinique.